Mercredi 5 mars 2008
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Vélo en ville : embrayer sur une réelle volonté politique
Tandis que Lyon se fait la belle en matière d'aménagements dédiés aux cyclistes, Saint-Étienne peine à faire une véritable place au
deux-roues
«La fierté de Lyon est de mettre la pression sur sa voisine » Ces propos, prononcés lundi soir lors du débat organisé par notre quotidien, auraient pu être ceux d'un certain Jean-Michel Aulas, le
président de l'Olympique lyonnais, qui accumule les titres de champions de France comme on enfile les perles. Non contente de toiser Saint-Étienne en matière de football, voici que la capitale
des Gaules se permet aujourd'hui de faire la leçon - à raison - en matière de vélo à la capitale du cycle !
Gilles Vesco, vice-président de la communauté du Grand Lyon, est donc venu à l'Auditorium de l'école de commerce, présenter le travail de sa ville. A ses côtés, Fabienne Cresci, directrice
générale adjointe à Saint-Étienne, n'avait guère d'arguments pour rivaliser avec un voisin si sûr de son fait.
Pourtant, à écouter David Trojanowski, président de l'association Ocivélo, la seconde ligne de tram aurait pu permettre d'aménager l'espace pour les vélos (lire ci-dessous).
Les zones très contraintes à Saint-Étienne (notamment l'étroitesse des rues sur lesquelles cohabitent automobilistes, bus, cyclistes et piéton) ont bien été avancées. S'il l'argument est
recevable, il ne fut guère approuvé par l'assemblée de cyclistes, impatients qu'enfin Saint-Étienne affirme son attachement au deux-roues.
Certes, Lyon avec ses quais de Saône et du Rhône a des atouts que Saint-Étienne n'a et n'aura jamais. Impossible dès lors de rivaliser ? Pas si sûr en prenant l'exemple d'autres villes.
Guillaume Arsac, docteur en géographie urbaine et chargé d'urbanisme à l'agence Epures a démontré, chiffres éloquents à l'appui, que ni le relief, ni le climat, ni le trafic routier n'empêchaient
de pédaler. Ainsi, à Rennes, qui doit son charme plus à la chaleur de ses habitants qu'à celle de ses degrés Celsius, une hausse de 28 % de l'usage du vélo a été enregistrée entre 1999 et 2007. A
Rouen, une ville pas spécialement connue pour sa platitude, l'augmentation a été de 56 % entre 1996 et 2008. Pour bien enfoncer le clou, l'exemple de Lyon, où l'automobile est légion, une envolée
de 66 % a été notée entre 2005 et 2007.
Pendant que Lyon peaufine son échappée, Saint-Étienne promet de se refaire une santé. Si le tram a su tracer sa voie, le deux-roues peine à faire entendre la sienne. Zones limitées à 30 km/heure
pour les automobilistes qui cohabitent avec les cyclistes, pistes cyclables, endroits pour garer son vélo sans crainte de se le faire dérober ont fait de Lyon une ville reine en ce
domaine.
Lundi, le mot de la fin est revenu à Bruno Landriot, président de la nouvelle association «Saint-Étienne à vélo». Il a formulé un vœu : « Une nouvelle
mandature va être désignée dans quelques jours. Quelle qu'elle soit, il serait bien qu'elle fasse une place aux cyclistes. » Et qu'elle se mette en danseuse pour rattraper son retard.
Denis Bret
dbret@leprogres.fr
«Il faut agir en dehors du centre, dans les quartiers»
Pour Guillaume Arsac, urbaniste, il est impératif d'aménager l'espace extérieur au boulevard urbain pour dynamiser durablement
la pratique du vélo en ville.
>> Comment expliquez-vous le phénomène vélo en France ?
Toutes les études rendues par l'observatoire des déplacements montrent bien que les représentations du vélo en ville ont énormément évolué. Les années 70-90 ont été « tout moteur », les gens ont
habité de plus en plus loin des centre-ville et les distances parcourues du lieu de travail au lieu de résidence ont explosé. Ces situations ont pénalisé le vélo mais la tendance s'inverse depuis
quelques années et les grandes villes se voient réinvesties d'une population en général jeune et plutôt aisée. C'est une population visible, dynamique qui colle très bien à l'image «vélo«.
>> Pensez-vous qu'il s'agisse d'un phénomène durable ?
Oui, c'est certain et même si l'effet mode retombait. Les questions de santé publique sont devenues incontournables et il est aujourd'hui impensable de ne pas s'employer à développer les moyens
de déplacements « doux » comme le préconise depuis la loi LAURE (lire ci-contre).
En plus, l'aspect financier restera sans doute toujours d'actualité avec le prix de l'essence.
>> On entend souvent dire que la ville de Saint-Étienne n'est pas adaptée au vélo, qu'en pensez-vous ?
Je ne crois pas que « les sept collines » de la ville soient un problème. Le vrai souci est que Saint-Étienne, à l'inverse des autres villes françaises, ne connaît pas encore un repeuplement de
son centre. D'après les derniers chiffres recueillis, on commence à voir que la chute se ralentit, donc il faut poursuivre le renouvellement urbain.
Cela explique en partie l'usage encore faible du vélo, en tout cas bien plus que les « fausses bonnes causes » avancées comme le relief, le climat, les voies étroites
Saint-Étienne n'est pas unique en son genre et tout prouve que lorsqu'une ville facilite l'usage du vélo, ça marche.
>> Le centre-ville vous paraît-il adapté aux deux-roues ?
La ville a mis beaucoup d'argent sur la table pour rendre à nouveau attractif le centre-ville et pour réhabiliter le logement ancien
Cette dynamique doit maintenant s'accompagner d'une exigence plus forte en matière d'aménagements.
Il faudrait se placer dans une vraie logique de partage de l'espace public et aussi d'esthétique car, pour l'instant, les voiries du centre ne sont pas assez attractives.
>> La pratique du vélo ne se cantonne pas à au centre-villle
La question des voies cyclables dépasse le cadre du centre-ville.
On peut penser que si des efforts continuent d'être faits, le coeur de la ville pourrait attirer les cyclistes car, à l'intérieur du boulevard urbain, la pratique du vélo est plutôt
sécurisée.
ar contre, en dehors du boulevard urbain, circuler à vélo devient dangereux.
es voitures roulent souvent plus vite et les trottoirs ne sont pas adaptés. Montplaisir, Le Soleil, La Terrasse, Solaure, le Clapier : autant de quartiers où rouler à vélo est dangereux alors
qu'ils se trouvent pourtant sur des axes importants en matière de déplacement.
> NOTE
(1) : Loi LAURE : L'État et ses établissements publics, les collectivités territoriales et leurs établissements publics ainsi que les personnes privées concourent, chacun dans le domaine de sa
compétence et dans les limites de sa responsabilité, à une politique dont l'objectif est la mise en oeuvre du droit reconnu à chacun à respirer un air qui ne nuise pas à sa santé. Cette action
d'intérêt général consiste à prévenir, à surveiller, à réduire ou à supprimer les pollutions atmosphériques, à préserver la qualité de l'air et, à ces fins, à économiser et à utiliser
rationnellement l'énergie.
Christine Chaumeil
cchaumeil@leprogres.fr
«À Saint-Étienne, on pense au vélo là où ça ne gêne personne...»
Pour David Trojanowsi, c'est fini. Après avoir roulé des années pour la cause du vélo, il lève le pied. Non qu'il soit à plat, loin de là, mais plutôt découragé,
voire même déçu. Quand il crée Ocivélo en 1996, il croit en effet aux vertus de l'échange et du partenariat. Sans doute convaincu par le bon sens même de ses propositions, soutenu par une
centaine d'adhérents et devenu porte-parole officiel des associations cyclistes de la Loire (pour la question des aménagements urbains) il se lance confiant dans l'aventure et cherche à avancer «
main dans la main » avec la municipalité.
Pendant quatre ans, ils se retrouveront à la même table pour concevoir une ville ouverte au vélo. Plans, largeur des voies, pistes ou voies cyclables, signalisation Avec le
service technique de la mairie, David Trojanowski a vraiment eu l'impression de progresser et la période la plus positive fut bien sûr l'accompagnement au projet du tramway : « Le tram et le
vélo, ça cohabite très bien car l'inclinaison des voies est faible et un tram ne sort jamais de sa ligne ! Le centre de la ville a vraiment été transformé ces dernières années et les occasions
d'aménagements vélo ont été nombreuses. Nous avons planché sur la question et les travaux entrepris devaient inclure les voies cyclables. C'était possible mais, à la sortie, il n'y a rien de ce
qu'on avait prévu et pourtant le projet émanait du service technique de la Ville. On n'a reçu aucune explication et je n'ai toujours pas compris pourquoi ils n'ont pas effectué certains
travaux.
En matière de vélo, la ville n'a pas cessé de rater les opportunités car elle n'a, en fait, aucun schéma directeur sur le sujet. Il faut concevoir un véritable plan de
circulation pour améliorer la situation et avancer petit à petit. Prendre voie après voie pour les rendre accessibles aux deux-roues, puis les relier entre elles. Il faut vraiment une vision
d'ensemble.
Autant de déceptions, qui, si elles ne l'ont pas rendu amer, l'ont quand même poussé à tout abandonner. « Ocivélo n'est plus aujourd'hui qu'une boîte vide, j'ai arrêté tout
partenariat avec la municipalité et j'ai refusé la subvention versée jusque là à l'association ».
Pour David Trojanowski, la conclusion de tout cet investissement est plutôt décourageante : «À Saint-Étienne, on met du vélo là où ça ne gêne pas et donc souvent là où ça n'intéresse personne.
Quand on est marginalisé, on l'est jusqu'au bout ! et à Saint-Étienne, on ne s'intéresse vraiment pas à nous. »
Voilà, fin d'une belle histoire. David roule « plus que jamais » à vélo mais arrête définitivement tout « conseil technique ». Dommage.
Christine Chaumeil
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